Je n'sais plus quoi dire. Trop de chose à dire, trop de mal à les dire. Peut-être trop envie de les dire.
Je m'assieds, je me dis qu'il faut écrire, ça vient pas et puis l'intérêt se perd. A quoi ça sert?
Je vis dans le mensonge, je le sais. Ca ne vient même pas de moi, c'est comme ça. J'essaye d'être honnête, je crois que j'y arrive plutôt bien la plupart du temps, mais le mensonge est, de toute façon, toujours là.
Les secrets me pèsent. Les secrets de famille, les choses que je ne sais pas mais que je soupçonne tellement.
Ceux autours de moi, qui ne diront jamais toute la vérité. Peur de blesser, peur de la vérité. On le dit souvent, "la vérité est-elle toujours bonne à dire?", les gens le prennent à la lettre. "Je ne voulais pas te blesser", "ce n'était pas important", "ça ne te concernait pas directement".
J'ai vraiment besoin de vérité.
Je sais même plus si je suis moi-même franche, à force. La diplomatie se rapproche bien trop près, bien trop souvent, du mensonge.
J'ai envie de sentir que je peux avoir entièrement confiance en quelqu'un. Utopie révélatrice de mon manque de maturité? L'entière confiance n'existe pas, on la frôle parfois mais on ne l'atteint pas.
Et ça me bouffe les gars. J'ai envie de vérité. J'ai envie de réalité toute crue, celle qui fait bien mal, celle qui fait plaisir parfois, celle qui ne demande rien d'autre que d'être dite, celle qui ne s'encombre pas d'ornements futiles et de preuves fictives la renforçant. La vérité quoi.
J'ai envie de marcher en rue en regardant devant moi. Savoir profiter de chaque instant, les plus simples. Regarder les étoiles en été ou être réveillée pendant la semaine de délibé par le bruit des enfants allant vers l'école et me rendormir avec un plaisir encore plus grand, la jouissance de se dire que j'ai attendu durant toutes mes primaires cette petite semaine de rien du tout, celle qui me permet de dormir plus longtemps pendant quelques jours.
Regarder le visage de quelqu'un qu'on aime sans y déceler cette lueur malheureuse qui ne s'éteint manifestement jamais autours de moi.
Retourner à l'époque où jouer à la maman était un plaisir, et attendre avec impatience le moment où je le serai moi-même avec encore plus de plaisir.
Ne plus vouloir grandir à tout prix.
On passe notre enfance à vouloir grandir, à vouloir des responsabilités et des décisions. A vouloir être "adulte".
J'ai maintenant bientôt 18ans. Et je n'ai jamais eu autant peur d'être adulte.
Je sais que je n'ai pas eu une enfance heureuse, j'ai gâché mes plus belles années avec des problèmes qui ne m'étaient pas destinée et je me rends compte maintenant qu'il est bientôt trop tard pour avoir eu une adolescence épanouie.
L'âge adulte.. je peux pas espérer avoir une vie merveilleuse. Je vis dans une famille avec un génocide dans les placards. Personne n'aime sa vie dans ma famille. C'était peut-être écrit.
J'aurai gâché ma vie comme j'ai gâché le reste.
Pourquoi nous, quand nous étions petits et qu'on nous demandait ce qui nous faisait le plus peur, nous répondions "ne pas être heureux."?
Pourquoi nous ne pouvions pas dire, comme tout le monde, "Le noir."?
C'est une histoire de famille.
